Mariss Jansons (1943-2019) : une discographie

Le grand chef letton, Mariss Jansons,disparu le 1er décembre 2019 à 76 ans, a laissé une discographie abondante, dominée par quelques compositeurs, où figurent nombre de reprises avec les orchestres dont il eut successivement la direction musicale, essentiellement l’orchestre philharmonique d’Oslo, le Concertgebouw d’Amsterdam et l’orchestre de la Radio bavaroise

BEETHOVEN

Avant d’en réaliser une intégrale en concert, partagée entre Tokyo et Munich au début des années 2010, Mariss Jansons avait peu abordé Beethoven.

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BRAHMS

Comme presque toujours, on préfèrera ici les premiers enregistrements des symphonies de Brahms, réalisés à Oslo, publiés par le label Simax. Jansons y déploie autant d’énergie que de lyrisme, un souffle qui nous semble absent des dernières gravures faites à Munich.

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BRUCKNER 

Mariss Jansons a abordé Bruckner relativement tard dans sa carrière. Comme je l’écrivais (Mariss Jansons, la grande traditionje n’avais pas été très convaincu par une 3ème symphonie de Bruckner qu’avaient donnée Jansons et le Concertgebouw à Lucerne il y a quelques années. J’ai le sentiment que le chef se laisse porter par la magnificence sonore des phalanges qu’il dirige (Amsterdam, puis Munich) sans prendre de véritable parti interprétatif.

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CHOSTAKOVITCH

On ne grandit pas impunément à l’ombre et aux côtés de Mravinski, le créateur de la plupart des grandes symphonies de Chostakovitch, Mariss Jansons n’est pas spontanément cité comme une référence dans ce corpus, au même titre que Kondrachine, Haitink ou Rojdestvenski. À tort, parce que l’intégrale réalisée sur une vingtaine d’années, avec les plus grandes phalanges, est philologique, idiomatique, parce qu’elle rend universel le génie de Chostakovitch.

 

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Symphonie n°1 : Orchestre philharmonique de Berlin/BPO (1994)

Symphonie n°2 : Orchestre de la Radio bavaroise/BRSO (2005)

Symphonie n°3 : BRSO (2005)

Symphonie n°4 : BRSO (2004)

Symphonie n°5 : Orchestre philharmonique de Vienne/VPO (1997)

Symphonie n°6 : Orchestre philharmonique d’Oslo/OPO (1991)

Symphonie n°7 : Orchestre philharmonique de Leningrad (1988)

Symphonie n° 8 : Orchestre symphonique de Pittsburgh (2001)

Symphonie n°9 : OPO (1991)

Symphonie n°10 : Orchestre de Philadelphie (1994)

Symphonie n°11 : Orchestre de Philadelphie (1996)

Symphonie n°12 : BRSO (2004)

Symphonie n°13 : Sergei Aleksashkin, basse BRSO (2005)

Symphonie n°14 : Larissa Gogoievskaia, Sergei Aleksashkin, BRSO (2005)

Symphonie n°15 : Orchestre philharmonique de Londres (1997)

 

DVORAK

Le lyrisme bohémien de Dvorak a toujours bien convenu au chef letton, particulièrement dans ses premières gravures norvégiennes.

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MAHLER

J’ai toujours trouvé Jansons plus à l’aise dans Mahler et ses vastes fresques que dans Bruckner. Même si on observe de manière plus flagrante ici que dans d’autres répertoires, d’un orchestre (Oslo puis Amsterdam) à l’autre (Munich), et d’une décennie à l’autre, un alentissement général, la dilution de l’énergie interne, l’abandon à un certain hédonisme sonore, mais Mahler supporte ces différents traitements. On écoutera d’abord les premiers enregistrements d’Oslo. Magnifiquement captés. Ceux que l’on préfère.

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LA MUSIQUE FRANÇAISE

Jansons s’en est tenu aux grands classiques de la musique française, mais sa Symphonie fantastique de Berlioz, enregistrée en 1991 au Concertgebouw, est régulièrement en tête des écoutes anonymes.

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Toujours au Concertgebouw, il a parfois abordé Debussy, Ravel, et même Dutilleux.

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LES RUSSES

Mariss Jansons a véritablement émergé sur la scène discographique internationale avec son intégrale des symphonies de Tchaikovski, magnifiquement enregistrée à Oslo entre 1984 et 1986. Là encore, dans les écoutes comparées, Jansons arrive en tête.

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Autre sommet de la discographie ‘jansonienne », les symphonies et poèmes symphoniques de Rachmaninov qui bénéficient des couleurs idéales de l’orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg.

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Ce n’est que récemment que Jansons avait abordé le chef-d’oeuvre choral Les Cloches de Rachmaninov, livrant au passage une troisième version des Danses symphoniques (après Saint-Petersbourg et Amsterdam, cf. supra)

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Quant à Stravinsky, trois fois Jansons a remis sur le métier les grands ballets, à Oslo, à Amsterdam et à Munich. La somptuosité des timbres amstellodamois l’emporte ici.

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Quant à Prokofiev, Jansons n’en a gravé que la 5ème symphonie, mais sa première version à Leningrad est une référence absolue.

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Chemins de traverse

Etrangement, Jansons n’a pas beaucoup enregistré de musiques nordiques. Dommage quand on entend les quatre symphonies de Sibelius gravées à Oslo (il a repris la Deuxième à Amsterdam et Munich)

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Il laisse une version de référence des deux symphonies du Norvégien Johan Svendsen (1840-1911)

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Plus surprenants, ces deux disques consacrés à Arthur Honegger et Kurt WeillDans Honegger on peut préférer la flamboyance d’un Karajan. Mais ce double album est passionnant.

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En attendant que Warner rende l’hommage qui lui est dû à Mariss Jansons, en rassemblant dans un coffret la totalité des enregistrements du chef pour EMI, on trouvera des pépites dans le coffret que la radio néerlandaise a édité, qui reprend nombre de concerts donnés au Concertgebouw et qui n’ont pas tous été publiés séparément.

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Berlioz Symphonie fantastique

Ravel La Valse

Lutoslawski Concerto pour orchestre

Tchaikovski Symphonie n°6

Bartok Concerto pour orchestre / Musique pour cordes percussion et célesta

Mahler Symphonie n°7

Hindemith Métamorphoses symphoniques

Wagemans Moloch

R.Strauss Till Eulenspiegel / Mort et Transfiguration

Webern Im Sommerwind

Brahms Symphonie n°1

Schumann Symphonie n°1

Sibelius Symphonie n°1

Beethoven Symphonie n°5 / Ouv.Egmont

Schoenberg Un survivant de Varsovie

Moussorgski Chants et danses de la mort (Ferruccio Furlanetto)

Janacek Tarass Bulba

Gubaidulina Le Festin pendant la peste

Stravinsky Capriccio pour piano (Emanuel Ax) / Symphonie de psaumes

Varèse Amériques

Messiaen Hymne au Saint-Sacrement

Rossini La pie voleuse ouv.

Berio Quatre dédicaces

Poulenc Concerto pour orgue (Leo van Doeselaar)

Andriessen Mysterien

Rachmaninov Symphonie n°2

Wagner Prélude et mort d’Isolde

Bruckner Symphonie n°3

Martinu Concerto pour violon n°2 (Frank Peter Zimmermann)

Prokofiev Symphonie n°5

Le label de la radio bavaroise BR Klassik a, lui, réédité en coffret une dizaine d’enregistrements récents en format SACD.

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Gennady Rozhdestvensky : une discographie

Dresser la discographie du chef russe Guennadi Rojdestvenski (1931-2018) disparu ce 16 juin (lire L’imprononçable géantrelève de la mission impossible. Tant il a abordé de répertoires, d’ouvrages, d’époques. Comme s’il n’avait jamais eu aucun frein à sa curiosité. Essayons d’en distinguer les lignes de force et les chemins de traverse.

Il faut d’abord dire qu’il est très compliqué de se repérer dans les multiples labels, éditions et rééditions qui ont publié notamment les enregistrements de la période soviétique. C’est encore plus vrai sur les sites de téléchargement…

D’abord les Russes, essentiellement ceux du XXème siècle.

Rojdestvenski donne des versions très chorégraphiques des trois ballets de Tchaikovski, et dans les trois dernières symphonies, il est plus élégiaque qu’épique, bien loin de la rigueur d’un Mravinski et du souffle d’un Svetlanov.

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Admirable « live » de la BBC de La Belle au bois dormant

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Il accompagne son épouse, Viktoria Postnikova, dans les trois concertos de Tchaikovski (avec l’orchestre symphonique de Vienne)

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De Glazounov, il donne une première au disque de son oratorio Le Roi des juifs

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Comme Svetlanov a préempté le grand répertoire symphonique russe pour les monumentales collections Melodia (voir Le monument Svetlanovc’est sous des labels occidentaux que G.R. livre sa vision des grands symphonistes russes

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C’est dans Prokofiev que Rojdestvenski que révèle le mieux sa fantaisie, son sens de la narration, de l’ironie, du sarcasme. Dans les symphonies, comme dans les ballets, dont il est le seul à avoir réalisé une quasi-intégrale, ses enregistrements sont des références.

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C’est évidemment sa femme, Viktoria Postnikova, qu’il accompagne dans les concertos pour piano.

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Et c’est toujours lui qui signa, tout jeune, une version qui fait toujours référence de Pierre et le Loup avec l’inoubliable Gérard Philipe en récitant, dans la version française.

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L’autre grande affaire de la vie de chef de Rojdestvenski, c’est le lien très particulier qu’il entretient avec Chostakovitch, dont il révèlera toute une part méconnue de l’oeuvre avec une constance qui force l’admiration, ne se limitant pas aux symphonies, dont il réalisera  une intégrale contrastée avec l’orchestre symphonique du Ministère de la culture d’URSS.

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Ce double CD est une véritable mine : le Chostakovitch transcripteur, musicien de cirque ou de cinéma, de petits bijoux d’orchestration et d’humour, comme ce Tea for Two de Youmans, orchestré par le jeune Chostakovitch en moins de deux heures, ou ces polkas et valses de Johann Strauss irrésistibles.

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Rojdestvenski sera le premier à graver les ballets sarcastiques du jeune Chostakovitch, encore plein d’illusions sur les lendemains qui chantent. Partitions savoureuses et colorées.

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C’est encore G.R. qui réhabilite le premier ouvrage lyrique de Chostakovitch, Le Nezinspiré du conte fantastique de Gogol, représenté en 1930 puis interdit jusqu’en 1974 !

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Rojdestvenski est un partenaire de choix des deux solistes stars de l’URSS, Rostropovitch et Oistrakh.

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G.R. assume crânement son soutien à de jeunes compositeurs qui sont bien éloignés des critères posés par l’Union des compositeurs soviétiques dirigée de 1948 à 1991 (!) par l’indéboulonnable Tikhon Khrennikov.

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G.R. doit être un des rares Russes à avoir abordé les symphonies de Bruckner (qu’on trouve facilement en téléchargement, mais dans des éditions de très inégale qualité sonore !)

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Sibelius convient bien à G.R., les grands espaces, les frottements harmoniques. Longtemps ses enregistrements sont restés méconnus.

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D’autres grands symphonistes du XXème siècle, Nielsen, Enesco, Busoni, ont eu ses faveurs non exclusives !

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Si l’on veut un aperçu de la diversité des goûts de Guennadi Rojdestvenski, le coffret Brilliant Classics est idéal

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Enfin une rareté, mari et femme au piano dans un CD Brahms (Vox)

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jeanpierrerousseaublog.com : L’imprononçable géant

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