Les symphonies de Schubert

Comme beaucoup, j’ai commencé ma découverte des symphonies de Schubert par l’Inachevée,un 33 tours de la petite collection de mes parents (Guilde du disque ?), puis, adolescent, la 5ème symphonie, écoutée en boucle sur la chaîne Dual de mon « correspondant » allemand. Pas retenu le nom des interprètes ! Puis ce furent, dans l’ordre, les 2ème et 3ème symphonies par Lorin Maazel, la 6ème par Karl Böhm, et peu après les 3ème et 5ème par Beecham.

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Bien plus tard, quand Maazel sera réédité en CD, je trouverai ses interprétations univoques, brillantes, vives, enregistrées dans une stéréo dure et artificielle, manquant de tendresse. Avec des tempi à la limite du ridicule, comme dans le dernier mouvement – allegro moderato, et non prestissimo ! – de la 6ème symphonie.

Maazel aggrave son cas avec son intégrale tardive captée en concert à Munich en 2013 un an avant sa mort. Quelle utilité ?

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Quel contraste avec la vision bien pépère de Böhm, un allegro tellement moderato  qu’on s’endort avant la fin, avec laquelle j’ai découvert cette 6ème symphonie !

816AOYx5l7L._SL1500_C’est avec Böhm que je constituerai, disque après disque, ma première intégrale des symphonies. Je l’ai gardée, mais je me suis lassé d’un trop de sérieux, de sagesse, dans des oeuvres qui devraient respirer la jeunesse (Schubert a 16 ans quand il écrit sa 1ère symphonie… et il meurt à 31 ans !)

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Mon exploration de l’univers symphonique de Schubert se poursuit avec un disque singulier – Beecham l’est toujours ! -. Le chef anglais musarde, s’attendrit, épouse les humeurs du jeune homme qui a composé ces deux symphonies, et surprend par des tempi plutôt relaxed, comme disent les critiques britanniques.

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Lorsque Disques en lice comparera plusieurs versions de la 5ème symphonie, j’aurai d’abord un peu de mal à convaincre le producteur François Hudry d’intégrer Beecham à la compétition, il trouve le début vraiment trop lent. Et finalement ce sera la version primée par la tribune !

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Toujours en suivant la chronologie j’en pincerai un temps pour Sawallisch et la Staatskapelle de Dresde (Philips, 1967). Enregistrée de trop près, corsetée par une direction sans élan, la phalange saxonne est bien loin de l’univers schubertien (alors que le même équipage donnera quelques années plus tard, pour EMI, une intégrale des symphonies de Schumann qui fait toujours référence.

Au début des années 80, c’est une toute autre perspective, musicale et sonore – beauté de la prise de son ! – que nous offre Herbert Blomstedt avec le même orchestre. La plus « économique » et sans doute l’une des intégrales les plus homogènes.

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La critique s’emballera quasi unanimement pour Abbado, qui publie une version « chambriste » des symphonies, il y a trente ans exactement. J’avoue que je n’accrocherai jamais vraiment. C’est propre, bien joué, mais franchement l’imagination est aux abonnés absents.

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Même impression d’ensemble avec Barenboim qui s’ennuie à Berlin, et « wagnérise » les dernières symphonies.

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Avant lui, Karajan avait cédé à la demande d’EMI – un label qu’il retrouvait en 1969/70 après la première période Legge, sous l’impulsion de son agent Michel Glotz – et gravait une intégrale, bâclée, empesée, presque brucknérienne. Evitable !

À Londres, pendant la décennie 80, l’inépuisable défricheur qu’était Neville Marriner réalisait pour Philips d’abord un authentique travail musicologique sur les partitions de Schubert, et enregistrait, souvent en première mondiale, les compléments, fragments réalisés, recomposés par Brian Newbould

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La décennie suivante, Harnoncourt tient la vedette, en soumettant le vénérable Concertgebouw d’Amsterdam à un traitement de choc. Cela nous vaut des symphonies de Schubert peu orthodoxes  ‘Mais le respect que l’on doit au travail de pionnier de Harnoncourt, à son esprit d’aventure, n’empêche pas qu’on peut sortir furieux de l’écoute d’une telle intégrale, même pour les premières symphonies, qui selon la critique supportaient mieux le traitement que leur fait subir le maestro viennois. À chaque note ou presque, Harnoncourt se demande ce qu’il va en faire, ou plutôt comment il va en faire quelque chose à quoi les autres n’avaient pas pensé. Le plus intérieur des compositeurs sort défiguré par tant d’affêteries, par tant de narcissisme » (commentaire posté sur Amazon).

On n’est pas loin de partager cet avis. Entre le menuet mené à train d’enfer de la 4ème symphonie, et le lentissime 4ème mouvement de la 6ème symphonie, Harnoncourt fait du Harnoncourt plus que du Schubert.

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Le chef disparu en 2016 avait refait une intégrale en concert à Berlin. Je ne l’ai pas écoutée, mais les quelques extraits que j’en ai entendus ne m’ont pas convaincu.

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Alors vers quelles intégrales se tourner ?

Le probe Günter Wand ? Son intégrale reparaît ces jours-ci en coffret « super-éco »

81v45HxLUML._SL1500_.jpgLe bel équilibre, les timbres chatoyants des Viennois, mis en valeur par Riccardo Muti au début des années 90 ? Coffret EMI « super-éco » republié par Brilliant Classics.

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Mais si l’on veut vraiment explorer tout le spectre de l’univers de Schubert le Viennois, on se fiera à deux guides qui, chacun à leur manière, nous donnent à entendre tous les visages de Franz, avec les timbres uniques des Wiener Philharmoniker

Le surdoué Istvan Kertesz (1929-1973) :

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et son aîné Karl Münchinger (1915-1990), dont Eloquence nous a restitué tout récemment une superbe quasi-intégrale

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Dans la même perspective « traditionnelle », j’aime beaucoup les enregistrements réalisés par Colin Davis à Dresde à la fin des années 90.

71iWuvP-vdL._SL1500_Tendresse particulière pour la démarche toujours si inspirée, infiniment respectueuse des partitions, du très regretté Frans Brüggen (1934-2014)

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Et pour moi une récente redécouverte (lire Schubert à Santorin) la vision proche de l’idéal (de mon idéal ?) de Yehudi Menuhin : la grâce, l’élan, la tendresse, la justesse du mouvement.

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Warner a consacré une monumentale et luxueuse édition à Menuhin, soliste, chambriste (Menuhin Century) à l’occasion de son centenaire en 2016. Dommage qu’on n’ait pas saisi l’occasion de rééditer le legs symphonique du grand musicien. Warner nous le doit bien…

Enfin, la très bonne surprise de ces dernières semaines, c’est la réédition – superbe mono – d’un bouquet de symphonies par le grand Eduard Van Beinum.

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BOSTON SYMPHONY : LES ANNEES DEUTSCHE GRAMMOPHON

81CyTh6y08L._SL1200_L’un des Big Fivel’Orchestre symphonique de Boston, bénéficie d’une somptueuse édition en un coffret de 57 CD de la totalité des enregistrements réalisés pour Deutsche Grammophon de 1971… à 2016, depuis les premiers disques de Tilson-Thomas et Abbado jusqu’aux tout récents Chostakovitch gravés par Andris Nelsons, la part du lion étant logiquement occupée par celui qui fut le directeur musical de l’orchestre de 1973 à 2002, Seiji Ozawa

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